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Sommaire
01Chapitre 1·30 min·Fondamentaux

Comprendre les LLMs

Prédire son comportement au lieu de le subir

Tokens, fenêtre de contexte, hallucinations, non-déterminisme. Le modèle mental qui sous-tend tout le reste.

Ce que tu sauras faire
  • 01Comprendre ce qu'est réellement un LLM (sans bullshit marketing)
  • 02Maîtriser l'analogie CPU/RAM/OS pour raisonner sur le contexte
  • 03Identifier les causes d'hallucinations et savoir les prévenir
  • 04Connaître les limites fondamentales pour adapter sa pratique

1. Ce qu'est réellement un LLM

Un Large Language Model (LLM) est un système entraîné à prédire le token le plus probable en fonction de tous les tokens précédents. Tout part de là, et ça suffit à expliquer le meilleur comme le pire de son comportement.

Sous le capot, il n'y a ni compréhension au sens humain, ni raisonnement causal natif, ni mémoire qui persiste d'une session à l'autre. Ce qui produit des réponses bluffantes, c'est la compression de patterns statistiques sur des centaines de milliards de tokens de code, de texte et de doc. Quand Claude résout un problème algorithmique, il rejoue des structures vues des millions de fois dans des contextes proches.

Implication pour le dev : à modèle égal, la qualité de la réponse dépend surtout de ce que tu lui donnes en entrée. Et ça, c'est toi qui le contrôles.


2. L'analogie fondamentale (d'après Andrej Karpathy)

Karpathy décrit le LLM comme un nouveau type de système d'exploitation : le modèle joue le rôle du CPU, le context window celui de la RAM. On pousse l'analogie d'un cran : dans ce système, c'est toi qui tiens le rôle de l'OS : tu décides ce qui entre en mémoire et ce qui en sort.

ComposantAnalogieCe que ça signifie
LLM (Claude, GPT, Gemini)CPUPuissance de calcul / raisonnement, fixe pour une version donnée
Context windowRAMCe que le modèle « voit » à l'instant T (limité, précieux)
Toi (le dev)Operating SystemTu décides quoi charger en mémoire, dans quel ordre, quand vider

Conséquence directe : tout comme un OS performant gère finement ce qu'il charge en RAM, un dev performant gère finement ce qu'il injecte dans le contexte.


3. Le context window

Le context window contient tout : ton historique de conversation, les fichiers lus, les outputs de commandes, les instructions système.

Tailles courantes (à jour : juillet 2026)

ModèleContext windowNotes
Claude Fable 5 / Opus 5 / Sonnet 51M tokens~555 000 mots au plafond
Claude Haiku 4.5200K tokens~150 000 mots
Gemini 3 Pro1M tokens~750 000 mots
GPT-5.6~1M tokensFacturation majorée au-delà de 272K de prompt
Mistral Large128K tokens~96 000 mots

Compare les deux colonnes de droite : 1M tokens chez Claude 5 et 1M tokens chez Gemini 3 Pro ne contiennent pas le même texte. Un token n'est pas une unité universelle, c'est une convention propre à chaque tokenizer (voir §6).

Le problème : Lost in the Middle

Plus grand ≠ meilleur. Les recherches montrent que les modèles ont tendance à mieux traiter les informations au début et à la fin du contexte. Les informations au milieu d'une longue session sont partiellement "perdues".

Conséquence pratique :

  • Place tes instructions critiques en début de contexte (CLAUDE.md / AGENTS.md / GEMINI.md, system prompt)
  • Et dans ton prompt final (fin du contexte)
  • Évite de noyer tes contraintes au milieu de milliers de lignes

Context Drift

Au fil d'une longue session, des informations obsolètes et contradictoires s'accumulent. La qualité se dégrade progressivement et silencieusement.

L'allure typique de la dégradation (à prendre comme un ordre de grandeur, pas comme une loi gravée) :

  • 0–40 % du context plein : zone optimale, réponses fiables
  • 40–70 % : premiers ratés, des détails commencent à se perdre
  • 70 %+ : zone dangereuse, les contradictions internes grimpent

4. Les hallucinations : pourquoi et comment les éviter

Une hallucination, c'est quand le modèle génère du contenu faux avec assurance. Ce n'est pas un bug : c'est un comportement émergent d'un système de prédiction statistique.

Les 4 causes principales

Cause 1 : Contexte insuffisant Le modèle n'a pas assez d'info → il comble les trous avec des patterns plausibles.

Fix : fournis un contexte précis et pertinent.

Cause 2 : Demande ambiguë La requête admet plusieurs interprétations → le modèle choisit la plus probable selon son entraînement, pas selon ton intention.

Fix : sois précis sur le "quoi", le "pourquoi" et les contraintes.

Cause 3 : Knowledge cutoff Le modèle ne connaît pas les APIs récentes, tes librairies internes, tes versions spécifiques.

Fix : injecte la documentation ou les signatures des interfaces directement dans le prompt.

Cause 4 : Contexte pollué (Context Poisoning) Une erreur dans une réponse précédente se propage aux réponses suivantes.

Fix : vérifie les résumés d'analyse de l'IA, redémarre une session propre si besoin.

Le réflexe minimal avant d'accepter une réponse

Trois questions, dans cet ordre, à chaque fois que tu récupères du code généré :

  1. Comprends-tu chaque ligne ? Sinon, demande à l'IA d'expliquer avant d'aller plus loin.
  2. Les tests passent-ils ? Sinon, corrige. Pas de « ça devrait marcher ».
  3. As-tu vérifié ce qu'il a inventé ? Les noms de packages, les signatures d'API, les options de config : c'est là que se logent les hallucinations.

C'est le filtre de base, celui qui s'applique à chaque réponse. La checklist complète avant merge en production, elle, est au Module 9 §9 : elle ajoute la revue sécurité, les conventions du projet et la revue humaine.


5. Comparatif des modèles principaux

Famille (juillet 2026)Points fortsPoints faiblesCas d'usage optimal
Claude 5 (Fable 5, Opus 5, Sonnet 5) + Haiku 4.5Raisonnement long, fidélité aux instructions, prudence sur l'invention, fort en analyse de code et en agents longsParfois verbeuxArchitecture, refactoring complexe, revue sécurité, agents de code
Gemini 3 (Pro, Flash)1M tokens, multimodal natif, recherche Google intégréeMoins conservateur sur les contraintes négativesExploration de gros codebase, recherche documentaire, multimodal
GPT-5.6 (Sol, Terra, Luna)Vitesse, polyvalence, écosystème d'outils mature, raisonnement unifiéPeut halluciner avec assurancePrototypage, debug, tâches généralistes
Mistral (Large, Medium, Codestral, Magistral)Hébergement et juridiction UE (données qui restent en Europe, RGPD), poids ouverts, très bon rapport perf/prix, rapide ; Codestral dédié au codeÉcosystème agent moins mûr, moins fort sur le raisonnement très longDonnées à garder en juridiction UE, self-hosting, coût maîtrisé, complétion de code
Open-weight (DeepSeek, Qwen3-Coder, GLM, Kimi)Poids ouverts self-hostables, coût très bas, Qwen3-Coder / GLM excellents en code agentique, DeepSeek-R1 fort en raisonnementModération et garde-fous variables, à héberger/opérer soi-mêmeSelf-hosting, budget serré, données qui ne quittent pas ton infra, code agentique local

Note importante : aucun modèle n'est universellement supérieur, et le classement change à chaque release. Le bon réflexe n'est pas de retenir un gagnant, c'est de tester deux modèles sur ta tâche réelle et de garder celui qui te coûte le moins d'allers-retours.


6. Tokenization — pourquoi ça compte

Les LLMs ne lisent pas des caractères, mais des tokens : des fragments de mots produits par un tokenizer (BPE pour la plupart). Conséquences pratiques que tout senior doit avoir en tête.

Coût et précision

Un token ≈ 4 caractères en anglais, ≈ 3 en français, beaucoup moins en code à cause de la ponctuation. Estimations utiles :

ContenuTokens approximatifs
1 page de prose française~ 500 tokens
1 fichier .ts de 200 lignes~ 2 500 tokens
Un package-lock.json typique50 000 + tokens
Un dump SQL de 10 000 lignes100 000 + tokens

Pièges concrets

  • react-query-async et reactqueryasync se tokenizent différemment. Le modèle voit deux choses distinctes. Soigner les noms qu'on cite à l'IA limite la confusion.
  • Les très longs identifiants (USER_PROFILE_DETAILS_REPOSITORY_IMPL) coûtent plusieurs tokens et n'aident pas le modèle à raisonner. Préférer des noms courts dans les prompts si possible.
  • Le français coûte 20–30 % de tokens en plus que l'anglais. Sur des prompts longs et techniques, basculer en EN peut améliorer à la fois le coût et la qualité.
  • Le tokenizer change entre générations d'un même provider. Un même texte ne donne pas le même nombre de tokens sur deux générations de modèles, et l'écart peut être large. Conséquence : un compteur de tokens, une estimation de coût ou un « ça rentre dans la fenêtre » calibrés sur l'ancienne génération deviennent faux du jour au lendemain. Recompte après chaque montée de version au lieu de reprendre tes repères.

Outils utiles

  • Le tokenizer playground d'Anthropic / OpenAI / Google pour mesurer un prompt avant de l'envoyer.
  • En agent (Claude Code, Cursor), regarder l'usage par session pour repérer ce qui coûte cher.

7. Reasoning models et extended thinking

Depuis 2024, une classe de modèles est entraînée à réfléchir avant de répondre : ils émettent un long enchaînement de raisonnement (souvent caché) puis produisent la réponse finale. En 2026 c'est devenu la norme, et le curseur a bougé une deuxième fois : on ne décide plus si le modèle réfléchit, on décide combien d'effort il a le droit de dépenser, et c'est lui qui répartit.

ModèleMécanismeUsage
Claude 5 (adaptive thinking)Le modèle décide quand et combien réfléchir ; tu règles le curseur global avec effortAlgos, debug profond, sécurité, agents longs
GPT-5.6 (reasoning)Effort de raisonnement réglable (reasoning_effort)Maths, problèmes structurés
Gemini 3 (Deep Think)Mode de réflexion étendue optionnelMulti-step, planification longue
Mistral (Magistral)Modèle de raisonnement dédié, poids ouvertsRaisonnement en self-hosting, juridiction UE
DeepSeek-R1Raisonnement open-weight, chaîne de pensée exposéeMaths, algos, budget serré, local

Régler le curseur

Chez Claude, effort prend cinq valeurs de low à max, avec high par défaut (dans l'API comme dans Claude Code).

NiveauPour quoi
low / mediumBoilerplate, refacto mécanique, classification, subagents qui trient de la donnée
high (défaut)La majorité du travail de code
xhigh / maxAlgo non trivial, bug qui résiste depuis une heure, archi à tradeoffs croisés, revue sécurité, agent qui tourne longtemps

Deux pièges que le nom ne laisse pas deviner. L'effort agit sur tous les tokens de la réponse, pas seulement sur la réflexion : à low, le modèle appelle aussi moins d'outils et explique moins ce qu'il fait. Et changer d'effort en cours de conversation invalide le prompt caching (§8), parce que ça modifie le prompt rendu. Sur une session longue, choisis un niveau au départ et n'y touche plus.


8. Prompt caching — le levier économique #1

Sur Anthropic et désormais d'autres providers, tu peux marquer une portion du prompt comme cacheable. Si le cache est encore chaud (TTL 5 min par défaut chez Anthropic, option 1 h), un cache read est facturé ~10 × moins cher qu'un token normal et généré beaucoup plus vite. À nuancer : la première écriture du cache coûte un peu plus cher (~1,25 ×) : le gain n'apparaît qu'à partir du deuxième appel sur le même préfixe.

C'est la fonctionnalité qui change l'économie d'un agent en production. Pour un fichier de contexte (CLAUDE.md / AGENTS.md / GEMINI.md) de 5 000 tokens lu à chaque tour de conversation, c'est la différence entre $30 et $3 par session.

Ce qu'on met en cache

  • System prompt long
  • Documentation (CLAUDE.md, conventions)
  • Schemas, types, interfaces
  • Quelques shots d'exemples

Ce qu'on ne met pas en cache

  • Le message utilisateur courant
  • Le résultat des outils (souvent différent à chaque appel)

Anthropic API — exemple minimal

const response = await anthropic.messages.create({
  model: 'claude-sonnet-5',
  system: [
    {
      type: 'text',
      text: longSystemPrompt,
      cache_control: { type: 'ephemeral' },
    },
  ],
  messages: [{ role: 'user', content: userMessage }],
})

Bonnes pratiques

  • Place les blocs les plus stables en premier dans le prompt (cache hit = préfixe identique).
  • Mesure cache_creation_input_tokens vs cache_read_input_tokens dans la réponse : c'est ton ratio de cache hit.
  • Régénère le cache toutes les 5 min en faisant un petit appel keep-alive si ton trafic est sporadique.

9. Paramètres d'inférence — temperature, top_p, top_k

Trois leviers, trois usages distincts. Un senior qui pilote des agents en production doit savoir les utiliser.

ParamètrePlageEffetQuand l'utiliser
temperature0 – 1 (Anthropic) ; 0 – 2 (OpenAI)Aplatit / accentue la distribution. 0 = quasi déterministe0 pour le code, ~0.7 pour le brainstorming, le haut de la plage pour la créativité
top_p (nucleus)0 – 1Coupe la queue de distribution. 0.9 = on garde les 90 % les plus probables0.9 quand on veut un peu de variété mais maîtrisée
top_kentier ≥ 1N'autorise que les k tokens les plus probablesRarement utile en pratique

10. Le non-déterminisme

Le même prompt peut produire des réponses différentes à chaque exécution. C'est intentionnel (paramètre temperature).

Implications pratiques :

  • Ne régénère pas sans changer ton prompt si la première réponse était mauvaise
  • Pour des tâches critiques, descends temperature à 0, mais sache que même à 0, la sortie n'est pas garantie identique (routage interne, batching). L'API Anthropic n'expose pas de paramètre seed ; certaines API comme OpenAI le proposent, sans garantie stricte non plus
  • Pour l'exploration créative, le non-déterminisme est un avantage

11. Au-delà du texte : appeler des outils et rendre du JSON

On a dit qu'un LLM prédit du texte. C'est vrai, mais pour un dev il manque une pièce au tableau : aujourd'hui, ce texte peut aussi être une demande d'action ou une donnée structurée. C'est ce qui fait passer le modèle de « machine à écrire » à brique qu'on branche dans une vraie application.

Tool use (appel d'outils)

Tu décris au modèle des outils qu'il peut utiliser : lire un fichier, lancer une requête SQL, appeler une API. Le modèle ne les exécute pas lui-même : quand il en a besoin, il répond « appelle get_ticket avec l'argument PROJ-1234 », ton code exécute l'appel et lui renvoie le résultat. Il continue avec cette info en main.

C'est le mécanisme derrière tout le reste du guide :

  • Un agent (Claude Code, Cursor), c'est un LLM plus une boucle d'outils : lire, écrire, lancer des commandes.
  • Le MCP (Module 7), c'est une façon standard de brancher tes outils à lui.
  • Et c'est le vrai remède aux hallucinations : le modèle va chercher l'info au lieu de la deviner.

Sorties structurées

Tu peux aussi forcer le modèle à répondre selon un schéma précis (souvent du JSON validé). Au lieu d'un paragraphe qu'il faut parser à la main, tu récupères directement un objet exploitable :

// Au lieu d'une réponse en prose à re-parser, on impose la forme
const schema = {
  type: 'object',
  properties: {
    severity: { type: 'string', enum: ['low', 'medium', 'high'] },
    file: { type: 'string' },
    fix: { type: 'string' },
  },
  required: ['severity', 'file', 'fix'],
}
// La réponse est garantie conforme à ce schéma → directement utilisable en code

Pourquoi ça compte pour toi : dès que tu veux brancher un LLM dans un pipeline (revue de PR automatique, tri de tickets, extraction de données), tu ne veux pas d'un texte à interpréter, tu veux une donnée fiable. Les sorties structurées, c'est ce qui rend un LLM utilisable comme un composant logiciel, pas juste comme un chat.